Ma passion pour la pêche de la carpe aurait pu naître d’une session sur une des rivières proches du lieu où j’habitais enfant telles l’Isle ou la Drône toutes deux présentant des biefs sauvages et poissonneux. Cette passion aurait pu aussi être inspirée par un des lacs géants situés à moins de 100 km au beau milieu des landes et pourtant, mes premières expériences se sont faites sur une gravière d’une taille modeste, 6 hectares tout au plus, dans un décor loin d’être des plus attirants mais qui offrait et offre toujours une population importante de carpes permettant de procurer la fameuse palpitation d’un départ. L’évolution de ma passion et mon désir de découverte m’ont poussé à aller pêcher bien plus loin que cet endroit, au 4 coins de la France, sur divers types d’eaux, de L’Oise à la Garonne, de la Loire au Tarn, de Lacanau au petit privé Périgourdin … Et pourtant, c’est avec un plaisir particulier qu’une nuit où rien n’était prévu, je me suis rendu en couple sur cette gravière où tout a commencé pour renouer avec mes souvenirs d’enfance.

En tête à tête avec madame, me voilà sur les lieux en fin de journée. Le ciel est dégagé alors que les jours précédents étaient orageux et pluvieux et la température assez élevée. Un fort vent de Sud-Ouest agite le plan d’eau et vient battre la berge sur laquelle je me trouve. Les vagues, en heurtant la bordure, soulèvent des débris et une bande d’eau troublée étendue sur 4m remonte à la surface.  Assurément, cet amas de particules en suspension va attirer les poissons tout comme l’oxygène apportait par ce mouvement d’eau. Je m’installe donc sur cette berge, le nez dans le vent avec le Titan bien ancré au sol. On respire !

La séance de sondage débute et je tiens à retrouver chaque spot que je connais sur le bout des doigts. Je commence par prospecter les bordures  de l’île qui me fait face à une cinquantaine de mètres. Quelques glissades et je retombe sur un obstacle qui m’aura fait perdre tant de poissons à mes débuts. Si seulement j’avais compris plutôt que le sondage à la canne ne pouvait être que bénéfique sur le résultat d’une session et non néfaste en faisant perdre du temps sur la partie de pêche…  Je remarque que ma technique a bien évolué car je découvre de subtiles indications sur le fond comme une petite fosse ressentie à travers le mou que donne le plomb en glissant sur la pente vaseuse. Cependant, quelques sauts de poissons en extrêmes bordures me font outrepasser la fin de cette étape. Nul besoin de perdre du temps au marker si les poissons sont localisables à vue. Je me contenterai de pêcher la bordure, à la limite de la zone troublée avec une dépose sous le scion et un amorçage hyper précis  à la main. Etant donné que personne ne se trouve sur ma berge, j’étalerai mes montages sur la droite et la gauche pour atteindre de chaque côté des buissons qui surplombent l’eau. En effet, les poissons étant très sollicités, diminuer le nombre de fils dans l’eau risque moins d’éveiller leur méfiance, en divisant le nombre de cannes par secteur je peux espérer multiplier le nombre de départs.

Le fluorocarbone offre une discrétion accrue. Il est idéal pour les pêches sur les bordures peu profondes

Le fluorocarbone offre une discrétion accrue. Il est idéal pour les pêches sur les bordures peu profondes

Etant donné que les bordures ne sont pas profondes, je mise sur la discrétion en utilisant du fluorocarbone en corps de ligne. En détendant mes lignes, le fluoro se plaquera et se dissimulera sous la vase alors que la partie qui ne touche pas le fond sera pour ainsi dire, invisible. Peu de fil sur le secteur et des lignes indétectables, me voilà bien parti pour espérer prendre les poissons déjà sur le coup. Ma copine préparant les Sticks PVA à base du Stick mix Equinox, je m’attarde à la réalisation de bas de ligne avec l’utilisation d’une nouvelle tresse gainée que je viens d’acquérir : la Tungskin.

Cheveux au vent, Amélie s’occupe de la réalisation des Sticks PVA

Cheveux au vent, Amélie s’occupe de la réalisation des Sticks PVA

Le travail est au top !

Le travail est au top !

Pour ceux qui ne connaissent pas, cette tresse gainée a été développée par la société Thinking Anglers. C’est un compromis parfait entre souplesse de l’âme en tresse et rigidité de l’enrobage. Qui plus est, cet enrobage est enrichi en tungstène, très dense, il offre un plaquage parfait du bas de ligne et il est très résistant au déchirement. Même un nœud serré en force sans être lubrifié ne le déchire pas. J’utilise la version en 15 lbs (deux autres versions en 25lbs et 35 lbs existent aussi) pour être encore plus discret et vu la moyenne de poids plutôt basse, je n’ai nul besoin de monter en résistance. Mes montages sont des blow back rigs avec de petits hameçons de 8 de type Curve.  Leur longueur est de 15 cm étant donné que je vais pêcher au spot.

La tresse gainée Tungskin en 15 lbs. Son revêtement dense et résistant couplé à une tresse très souple permet de réaliser des montages discrets et efficaces

La tresse gainée Tungskin en 15 lbs. Son revêtement dense et résistant couplé à une tresse très souple permet de réaliser des montages discrets et efficaces

Concernant les appâts, j’utilise sans me poser de questions les bouillettes de la gamme Equinox. J’ai ramené quelques kilos de billes en 10mm que je trouve plus prenantes sur les poissons méfiants. D’autant plus qu’ils doivent être focalisés sur une nourriture de petites tailles levées par les vagues. Pour mes montages, une de ces micros billes est associées à une pop-up du même diamètre. Le bas de ligne sera agrémenté d’un stick PVA pour aider à localiser mon appât sur l’amorçage et à travers les particules en suspension de la couche troublée. Pour amorcer, là aussi j’utilise des Equinox en 10mm. Cependant, avant d’amorcer, je verse dans ma poche d’appâts quelques centilitres de liquide Response+ Fruit pour les gorger. Dans l’eau, ils libèrent ce superbe attractant qui forme un voile au-dessus de la zone amorcée.

 Equinox et Response+, ma combinaison gagnante cette saison.

Equinox et Response+, ma combinaison gagnante cette saison.

Polarisante au nez, je m’écarte sur la gauche en direction du dernier saut que j’ai aperçu. Accroupi dans les hautes herbes en bordure, je m’approche discrètement de la zone convoitée. Le spot localisé, je tends ma canne au-dessus de l’eau et d’un mouvement de balancier j’expédie mon montage à moins de 4m du bord. De ma main libre, j’arrose la zone de quelques friandises et suit du regard leur descente jusqu’au fond. Le piège semble parfait, je retourne déposait ma canne sur son support. Je détends la ligne scion sous l’eau pour ne pas qu’elle soit emportée par les vagues et je place la canne sur le rod pod. La première canne pêche !  La seconde canne pêchera droit devant à la même distance que la précédente avec le même amorçage et la dernière canne sera tendue par une main féminine mais non moins experte qui avec habilitée placera le montage non pas proche mais sous l’arbuste qui dépasse au-dessus de l’eau. Amorcé naturellement par tout ce qui peut tomber de l’arbre et boosté par les conditions du moment, ce poste est prometteur.

Les bordures se sont révélées payantes

Les bordures se sont révélées payantes

Les autres pêcheurs présents sur les lieux nous regardent d’un air sceptique, j’en aurais fait de même à l’époque où ma façon de pêcher préférée consistait à expédier mes montages à l’horizon au passage entre les îles. Grandi de nombreuses expériences enrichissantes, les bordures font maintenant parties de mes approches de prédilections, même sur les eaux sous pression et d’autant plus quand elles sont balayées par un fort vent.

A peine 19h30 et c’est la canne de madame qui démarre en premier, un départ en trombe avec un poisson qui est remonté à la surface juste après avoir saisi l’esche. Le coup de caudale qu’il a mis a été si violent qu’il a projeté de l’eau jusqu’en bordure ! Le combat est intense, très rapide, là,  juste sous le scion. Les mouvements du poisson sont visibles en surface en suivant les remous qu’il fait, la carpe n’est pas bien grosse mais Amélie semble comblée de mettre au sec cette première carpe. Séance photo et remise à l’eau à peine effectuée que la ligne pêche de nouveau.

Une des premières prises. Gabarit somme toute modeste, mais le plaisir est au rendez-vous

Une des premières prises. Gabarit somme toute modeste, mais le plaisir est au rendez-vous

A 22h, 5 poissons nous ont déjà rendu visite, tous sous la barre des 10 kg. A ce rythme la nuit va être longue, et après une semaine de travail, je ne souhaite pas me lever toutes les demies heures pour des pin’s (malgré le respect que je porte aux poissons quelques soient leur taille, qu’il n’y ait pas de malentendu !). Je décide alors de relever mes cannes eschées de micro-appâts. Je remarque qu’ils ont tous été attaqués par les écrevisses et qu’ils n’allaient plus être pêchant bien longtemps. Remplacés par des Hard Hookbaits toujours de la gamme Equinox et en 24mm, je vais pouvoir pêcher sereinement toute la nuit et espérer être plus sélectif …

A la tombée de la nuit les départs s’enchainent

A la tombée de la nuit les départs s’enchainent

Le réveil au petit matin est assez difficile, malgré les gros appâts utilisés la nuit dernières, les poissons ont tout de même répondu présents. Aucun souci pour des poissons de moins de 10 kg à avaler ces esches. En buvant le café réchauffant de la rosée matinale, j’apprécie le cadre et me remémore mes débuts ici. La brume qui couvrait la surface finit par s’évader et il est déjà temps pour nous de rentrer …

La dernière prise de la session au petit matin.

La dernière prise de la session au petit matin.

Le retour aux sources permet de renouer avec les sessions passées.

Le retour aux sources permet de renouer avec les sessions passées.

Texte et crédit photos: Jordan BERNAILLE

 

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